L’arbre têtard

L’intensification de l’agriculture et les grands travaux d’aménagement n’ont pas épargnés la Franche-Comté. Pour des raisons économiques, les arrachages «à la hussarde» des arbres champêtres et des haies sont de nos jours encore trop fréquents. Les trognes qui ne sont plus entretenues s’effondrent sous le poids de leurs branches ou se transforment en cépées. En outre, la pérennité de ce patrimoine est mise en péril faute de nouvelles plantations. Or, ces éléments paysagers ont leur rôle à jouer dans l’écologie et la fonctionnalité de nos paysages. Leur disparition constitue une cause majeure d’érosion de la biodiversité.

C’est pour sauvegarder ce patrimoine que France Nature Environnement Bourgogne Franche-Comté (FNE-BFC) met en œuvre une action de valorisation et restauration de ces éléments arborés, en partenariat technique avec Jura Nature Environnement (JNE – 39), le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de la Vallée de l’Ognon (CPIE VO – 70), FNE Territoire de Belfort (90), Dole Environnement et l’Association Ornithologique et Mammalogique de Saone et Loire (AOMSL – 71). Ceci, avec l’appui financier du Conseil Régional et de la DREAL Bourgogne Franche-Comté.

Cette action s’intègre dans le programme Biodiversit’haies regroupant également 3 autres volets : Les Haies – Le Castor et la ripisylve – Végétal Local.

Restaurer pour sauvegarder

Une campagne d’inventaire participatif et les connaissances naturalistes du réseau ont permis de recenser un certain nombre d’arbres têtards situés pour la plupart sur la plaine Franc Comtoise. Trois grands sites se sont rapidement dégagés:

  • Région Doloise, basse vallée du Doubs à Dole – Jura (39)
  • Bassin Lédonien, sur les communes de Montmorot et l’Etoile – Jura (39)
  • Basse et moyenne vallée de l’Ognon, à Etrabonne – Doubs (25) et Sornay – Haute-Saône (70) et les communes voisines

Sur chacun de ces sites, nous avons établi un inventaire des trognes présentes en dressant leur caractéristiques écologiques et physiques (taille des branches, micro-habitats, espèces relevées,…) Cela nous a permis par exemple de trouver une portée d’hermines dans le tronc creux d’un vieux Saule blanc!

Une fois ces éléments relevés nous avons fait appel à des professionnels de l’élagage pour réaliser la taille des vieux arbres nécessitants un entretien d’urgence pendant la période de repos végétatif, lorsque les sols étaient portants (secs et gelés).

En parallèle, une campagne de sensibilisation a été menée pour faire « re »découvrir ces arbres remarquables via la diffusion d’une plaquette-conseil pour la création ou l’entretien d’une trogne. Les nombreux propriétaires volontaires rencontrés se sont engagés par la suite à continuer l’entretien des arbres selon ce guide d’exploitation. Certains ont également créés de nouvelles trognes sur leurs parcelles.

Depuis 2014, l’action a permis la restauration d’un total de 184 saules têtards et, suite à la fusion des régions Bourgogne et Franche-Comté, l’action s’est étendue en 2017 sur le département de la Saône et Loire. Ainsi, sur la commune de Varenne-le-Grand, parmi la centaine d’arbres recensés ce sont 25 trognes qui ont été restaurées avec l’Association Ornithologique et Mammalogique de Saône et Loire (AOMSL).

Vous aussi participez à la sauvegarde des arbres têtards !

Comment ?

Soit en nous aidant à localiser des arbres têtards. Pour cela, contactez-nous à l’adresse biodiversite(at)fne-bfc.fr et nous vous transmettrons les outils nécessaires.

Soit en créant de jeunes trognes sur vos terrains ou en entretenant vos arbres têtards le cas échéant. Des conseils techniques pour passer à l’acte : téléchargez la plaquette “Le saule têtard, création et entretien” en cliquant sur l’image ci-dessous :

 

Focus sur un site pilote : la basse Vallée du Doubs

Ce territoire à forte valeur écologique présente une forte densité de saules têtards au sein des prairies inondables. Une importante mobilisation des acteurs locaux s’est mise en place pour préserver ce patrimoine qui a commencé dès 2010 sur le site Natura 2000 de la Basse Vallée du Doubs, où plusieurs centaines de têtards ont été restaurés par l’EPTB Saône et Doubs à l’aide de contrats Natura 2000 (carte et lien ci contre)*.

Depuis 2014, le programme Biodiversit’Haies a permis de poursuivre l’action plus en amont. Il a ainsi contribué à la préservation d’un continuum d’arbres têtards le long du Doubs mais aussi au maintien de milieux favorables à des espèces emblématiques du Jura comme la Chevêche d’Athéna, la Huppe fasciée ou le Torcol fourmilier.

L’action de restauration s’est focalisée sur les saules têtards situés dans le territoire de l’exploitation agricole du Centre Hospitalier (CHS) de Saint-Ylie, sur la commune de Dole (39). Ils forment une allée dans les prairies le long d’un ancien méandre entre le Doubs et le Canal du Rhône au Rhin.

Un partenariat entre le CHS de St Ylie, Jura Nature Environnement (JNE) et Dole Environnement a permis d’organiser les chantiers et de pérenniser la préservation des arbres. Au total, 66 arbres ont été taillés sur 3 années par une entreprise doloise. Le bois issu de la taille a, par la suite, été réinjecté dans la filière bois-énergie. Les rémanents (petites branches) ont fait l’objet d’un broyage à même le sol.

Petit plus de l’action les résidents du CHS ont pu bénéficier, dans le cadre de ce partenariat, de plusieurs animations et petits chantiers de découverte.

 

Le Saule têtard au service d’une agriculture de plaine en Franche-Comté

L’inventaire effectué et les témoignages transmis nous permettent de déterminer, au sein de l’arc Jurassien, trois ensembles géographiques prédominants dans l’utilisation et la formation des trognes en agriculture :

  • Les zones de plaine alluviales (Basse vallée du Doubs, de l’Ognon, de la Saône, etc.) avec de grands alignements de vieux Saules blancs qui servaient principalement à drainer et stabiliser les sols à proximité des cours d’eau. Les produits de taille étaient alors utilisés pour produire du bois de chauffage (four à pain notamment) et pour la vannerie. La petite partie de Bresse jurassienne cache dans son bocage quelques autres essences taillées historiquement en têtards : allées de charmes, frênes et, plus rarement, chênes. Ces trognes sont beaucoup plus répandues dans la Bresse bourguignonne.
  • Le premier plateau et les vallées attenantes possèdent une plus grande diversité d’essences mais dans le cadre de pratiques très isolées et localisées : Saules blanc mais aussi Tilleuls, Charmes, Aulnes, etc.
  • Les coteaux du Revermont où l’on retrouve abondamment des cépées ou petites trognes (de 0.5 à 1,5m de haut) d’Osier (Salix viminalis en majorité) utilisées pour la vigne (ligatures, paniers, etc). Une tradition de taille annuelle se perpétue dans la plupart des cas bien que les ligatures ne se fassent plus en osier.

A notre connaissance, les trognes sont absentes du Haut-Jura et des secteurs d’altitudes. Cela peut s’expliquer par la forte couverture forestière de ces ensembles.